Projet de nouveaux EPR : Qui pilote la transition énergétique française ?

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En souhaitant attendre la mise en service de l’EPR de Flamanville (attendu fin 2022), la France a officiellement repoussé au prochain quinquennat la décision d’un éventuel renouvellement de son parc nucléaire via la construction hypothétique de 6 réacteurs de nouvelle génération EPR (EPR2). 
Alors que nul ne peut prédire les orientations politiques de l’Etat à l’issue des élections présidentielles et législatives de 2022, EDF fait d’ores et déjà le pari que la construction de ces 6 nouveaux EPR sera actée après les élections pour un démarrage de chantier dès 2023, ce qui laisse un temps pour le moins limité, voire inexistant, au débat démocratique.

Ainsi plus de 500 millions d’euros ont été dépensés par l’énergéticien ces 4 dernières années alors même que Flamanville-3, premier réacteur EPR français non encore terminé, accumule déjà plus de 10 ans de retard, de nombreux problèmes techniques et un budget hors normes. 

Pourtant EDF persiste dans cette direction malgré sa dette abyssale, qui a entraîné en 2016 la démission de son ancien directeur financier Thomas Piquemal. 
Le groupe met ainsi le pouvoir politique devant le fait accompli en espérant que l’Etat actionnaire joue son rôle d’investisseur, ce que Bercy demande à EDF de limiter. C’est encore plus de 2 milliards d’appels d’offres qui sont prévus pour être lancés, et ce, dès 2022, comme le révèle Contexte le 24 juin.

Pire : Bercy ne souhaite pas commenter et le Ministère de la Transition Écologique, officiellement chargé de la question, assure ne pas avoir eu connaissance de ces documents. La politique énergétique française continue de se décider entre la direction d’EDF, l’Elysée, Matignon et Bercy au mépris du ministère concerné. Ce point révèle encore une fois la nature purement cosmétique et électoraliste de l’écologie au sein du Gouvernement et de l’appareil d’État. 

Le coût prévisionnel des nouveaux réacteurs révélé par le document d’EDF évoque un coût de construction compris entre 3 711 euros et 3 978 euros par kiloWatt (€/kW). De récents travaux scientifiques de modélisation prospective du mix électrique français à horizon 2050* ont montré que, dans un scénario moyen d’évolution des coûts des ENR, une simple augmentation du coût du nucléaire au-delà de 4500 €/kW (soit à peine 20% d’augmentation) éliminerait systématiquement le nucléaire d’un mix électrique optimal d’un point de vue économique, même en incluant les coûts liés à la variabilité des EnR. Pour mémoire, le coût actuel de l’EPR de Flamanville est situé dans une fourchette de 11 000 à 12 000 €/kW, soit une augmentation de l’ordre de 400% par rapport aux prévisions initiales de 2006. La comparaison avec le coût prévu par le document d’EDF laisse dubitative sur la pertinence de ce choix dans un contexte aussi incertain.

Si les écologistes entendent qu’il puisse être nécessaire d’évaluer les coûts d’un nouveau programme nucléaire afin d’alimenter la réflexion nationale, notamment portée par RTE dans son étude “Futurs énergétiques 2050”, faut-il pour autant s’engager avant ses conclusions aussi rapidement et massivement dans ces constructions colossales, si ce n’est pour tenter de sauver à tout prix une filière moribonde ? Ces sommes seraient plus judicieusement utilisées pour accélérer le déploiement des EnR et les économies d’énergie dans l’industrie, la rénovation énergétique des bâtiments, le développement de modes de transports actifs et toutes les actions de sobriété.

Les écologistes demandent donc la transparence la plus totale sur tous les coûts (ceux engagés comme ceux estimés) et les hypothèses sur lesquelles ceux-ci reposent, que la possibilité de sortie du nucléaire ne soit pas obérée par des choix précipités et que l’on accélère enfin sur le déploiement des EnR et les économies d’énergie qui sont, elles, des options “sans regrets”.